La volonté de vivre : Comment retrouver du sens dans sa vie
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| Caspar David Friedrich - the sea of fog |
Introduction
Dans cet article, nous allons aborder le sujet du courage de vivre et de la perte de sens dans la vie.
Dans un premier temps, nous allons examiner pourquoi l'Homme a besoin de donner un sens à sa vie. Dans un second temps, je vais essayer de vous montrer le lien entre notre époque postmoderne et la perte de sens chez les individus. Ensuite, nous parlerons du faux jugement souvent attribué à la vie par de grands intellectuels et expliquerons pourquoi cela n'a pas de sens. Par la suite, j'aborderai le sujet de l'absurde, car il revient souvent dans les discussions sur le sens de la vie. Ensuite, je présenterai le concept de Nietzsche appelé le surhumain et expliquerai en quoi il pourrait pallier les problèmes de manque de sens. Puis, nous examinerons un autre concept de Nietzsche qui pourrait être utile, nommé l'Amor Fati. Enfin, je vous fournirai un outil pour évaluer l'amour que vous portez à la vie.
À présent, nous allons explorer pourquoi l'être humain a besoin de sens pour vivre et s'il en a toujours eu besoin.
Le besoin de sens
Le rôle des instincts et de l’impulsion
Tout d'abord, examinons de manière plus détaillée le rôle des instincts dans la vie d'un être humain.
Les instincts ont deux rôles principaux.
Le premier est de garantir la survie de l'espèce. Nous le constatons, par exemple, lorsque nous sommes en situation de danger : notre corps réagit sans que nous ne contrôlions quoi que ce soit. Cette réaction ne dépend pas de notre propre volonté, mais plutôt d'un mécanisme inconscient, d'un instinct de survie.
Le deuxième est de perpétuer l'espèce. Il est représenté par le besoin général de procréation. Dans la plupart des cas, les gens, notamment les femmes, ressentent ce besoin à un moment de leur vie. Lorsqu'on leur demande pourquoi, ils répondent souvent par des phrases comme "c'est naturel de faire des enfants". Cela montre clairement qu'ils ne comprennent pas la cause de cette puissante envie qu'est la procréation. Il s'agit donc d'un phénomène qui émane de l'inconscient, un instinct commun à toute une espèce. Cela est appelé l'instinct de conservation.
L'instinct est une force qui nous pousse à l'action, ici la préservation et la procréation, et qui émerge de l'inconscient. En psychologie jungienne, on appelle ce phénomène une impulsion.
L'Homme primitif est principalement guidé par ces instincts et ces impulsions. Il suit ces impulsions et ne doit pas prendre de décision. Il vit simplement sans se poser de questions, et par conséquent, la question du sens de la vie ne se pose pas.
La naissance de la conscience et de la volonté, et l'éloignement des instincts
Arrive un jour la naissance de la conscience chez l'Homme. Il est désormais capable de faire des choix volontaires et n'est plus uniquement guidé par ses instincts.
Il peut choisir ce qu'il veut faire, que ce soit bien ou mal, mais un problème se pose. Il ne dispose plus de la force de l'instinct pour avancer, car c'est une force inconsciente. Il doit alors disposer d'une force consciente pour agir consciemment. C'est ce que nous appelons la volonté.
La volonté est définie comme une force consciente qui nous pousse à agir et elle est l'opposée de l'impulsion.
Exemple d'Adam et Ève
Il existe un exemple frappant de la naissance de la conscience que nous trouvons dans la Bible, plus précisément dans la Genèse, le premier livre de l'Ancien Testament.
Tout le monde connaît l'histoire d'Adam et Ève, mais avez-vous remarqué l'un des sens cachés de cette histoire ?
Il s'agit du moment où ils commettent le péché originel. Ils mangent le fruit qui contient la connaissance du bien et du mal, autrement dit la morale. Au moment où ils acquièrent cette connaissance, ils ressentent le besoin de cacher leurs parties génitales, ce qui témoigne de leur prise de conscience d'eux-mêmes. C'est un indicateur clair de l'émergence de la conscience chez eux.
L'Homme est souvent distingué des autres animaux par sa conscience, que les autres n'auraient pas ou du moins qui serait moins développée. L'Homme est donc considéré comme un animal conscient dans l'inconscient collectif des gens, un "animal métaphysique", comme le dirait Descartes.
Beaucoup de gens (croyants) pensent que l'histoire d'Adam et Ève raconte la création de l'Homme en tant que tel.
Personnellement, j'y vois plutôt l'histoire de l'émergence de la conscience chez l'Homme.
À ce moment, Dieu leur annonce qu'ils seront bannis du paradis et vivront sur terre une vie de souffrance.
Il y a également un sens ici, car la naissance de la conscience a conduit l'Homme à s'éloigner de ses instincts, les reniant complètement. Lorsque notre conscience ne tient pas compte de l'inconscient, autrement dit, lorsqu'elle diffère trop de nos instincts, cela s'appelle une névrose.
Le besoin de sens pour pallier à l'éloignement des instincts
Le problème réside dans le fait que la conscience s'est développée de plus en plus au détriment de l'inconscient.
Le développement de la conscience a engendré un nouveau besoin, celui de trouver un sens à la vie. Dans l'état inconscient, la question du sens de la vie ne se pose pas, car il n'est pas question de libre arbitre ici.
La conscience a donc créé un vide dans l'existence des humains, mais comme le disait Schopenhauer, aucun mal dans ce monde ne se présente sans son remède.
La religion comme sens de la vie
Il y a quelque chose qui est venu combler ce manque de sens créé par le développement de la conscience, il s'agit des religions.
Les religions ont joué un rôle en offrant un sens à la vie, ainsi qu'un but supérieur à soi permettant de supporter toutes les épreuves de la vie.
À présent, nous allons examiner l'impact du monde postmoderne sur la perte de sens chez les individus.
La modernité et la perte de sens
Le sens principal (la religion)
Dans la majeure partie du monde, la religion avait une grande place dans l'histoire. Les religions étaient le principal sens dans la vie des gens. Que ce soit la religion chrétienne en Europe ou l'islam au Moyen-Orient.
La mort de Dieu ou la naissance de la science comme un dogme
Cependant, un événement est venu perturber les religions au début du 20ᵉ siècle : l'avènement de la science, qui se propose de démontrer et de prouver les choses plutôt que de croire aveuglément.
Cela a eu pour effet de réduire de plus en plus le nombre de croyants chrétiens en Europe, et c'est de cela que Nietzsche parlait quand il évoquait la mort de Dieu. Il faisait référence à la mort civilisationnelle de Dieu. Il avait également parlé du nihilisme grandissant après la perte de ces croyances, et c'est effectivement ce qui s'est passé.
Nous pouvons l'observer autour de nous au quotidien. Beaucoup moins de gens sont croyants, et l'idée que la vie est absurde et dénuée de sens revient régulièrement.
À présent, je vais vous présenter mon point de vue sur le faux jugement qui est porté sur la vie.
Le faux jugement de la valeur de la vie
Introduction
Il existe un jugement erroné sur la vie émis par des grands penseurs et des théologiens. Ce jugement consiste à considérer que la vie n'est qu'une épreuve douloureuse à supporter jusqu'à la libération à travers la mort. En réalité, ces perspectives n'apportent pas de réelle compréhension de la valeur de la vie, mais plutôt éclairent davantage sur leurs propres psychologies.
Exemple dans la religion
Prenons l'exemple des trois grandes religions. Elles affirment que la vie est une épreuve donnée par Dieu pour mériter notre place au paradis. Ici, la vie est réduite à une accumulation de souffrances.
Exemple d'un philosophe
Considérons maintenant le cas d'un grand penseur, Arthur Schopenhauer, célèbre pour son pessimisme et sa croyance que la vie ressemble à un pendule oscillant entre l'ennui et la souffrance.
Développement sur l'impossibilité de juger la vie
Le jugement de la valeur de la vie est en réalité impossible, car pour avoir un jugement objectif, il faudrait pouvoir s'en détacher, ce qui est impossible.
En droit, il existe un concept similaire : nous ne pouvons pas être à la fois partie prenante et juge, car cela altérerait notre objectivité.
La vie, ni bien ni mal
Puisque nous ne pouvons pas déterminer si la vie est bonne ou mauvaise, il ne nous reste qu'à la considérer telle quelle, ni bonne ni mauvaise.
De mon point de vue, il me semble dépourvu de sens de considérer la vie comme mauvaise, car cela impliquerait que la vie est mal conçue, ce qui n'est pas mon opinion.
Maintenant, nous allons examiner pourquoi l'idée que la vie est absurde ne signifie pas qu'elle est dépourvue de sens.
L’absurdité comme réponse au non-sens
L’absurdité de la vie dans l’inconscient collectif moderne
On entend souvent dire que la vie serait absurde car difficilement prédictible et aussi qu'elle serait vide de sens. Cet avis est intéressant car il montre quelque chose d'inconscient chez ces personnes.
Vie absurde ne signifie pas absence de sens
Imaginons que la vie est absurde. Dans ce cas, le sens de la vie est l'absurdité et donc, elle a un sens. En fin de compte, nous cherchons tous à trouver un sens à la vie, même pour les personnes qui croient et affirment qu'elle n'en a pas. Croire que la vie n'a pas de sens, c'est croire que le sens de la vie est qu'elle n'en a pas.
Raisonnement par l'absurde pour trouver un sens
Et si nous utilisions l'absurde pour trouver un sens dans nos vies ?
Pour ce faire, il ne faut pas chercher ce qui nous plairait dans la vie, mais plutôt la chose que l'on ne veut absolument pas perdre.
Par exemple, on pourrait prendre le cas de parents qui ne veulent absolument pas que leurs enfants soient malheureux. Un potentiel sens de leur vie serait de vivre pour que leurs enfants le soient.
À présent, nous allons voir ce que propose Nietzsche pour pallier à la disparition des religions et pour retrouver un sens à la vie.
Le Surhumain : Un nouveau sens de la vie
Pourquoi ?
Nietzsche ayant prédit la mort hypothétique des religions en Occident et les conséquences que cela aurait sur les êtres humains, il décida de trouver une solution afin de pallier à ce problème.
C’est dans ce but qu’il créa le concept de surhomme.
Le concept
"Vous avez retracé le chemin du ver jusqu’à l’Homme, et aujourd’hui vous préférez retourner à la bête plutôt que de surmonter l’Homme." Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra.
Le concept de surhomme ou Übermensch est, comme beaucoup de concepts de Nietzsche, très mal compris.
Il est souvent amalgamé avec une vision d’un homme héroïque qui prône la force et le courage, etc. D’ailleurs, c’est de ce concept que vient souvent l’amalgame avec le nazisme et donc l’eugénisme.
Pour lui, l’Homme est un animal et comme tout animal, il évolue voire se transforme en une autre forme d’animal.
Il fait un constat simple, celui que l’Homme moderne s'est éloigné de ses instincts et de sa nature animale. Pour lui, il faudrait s’en rapprocher de nouveau pour recréer des valeurs plus en accord avec la nature humaine, car il pense que les religions l'en ont éloigné (ce qui est la cause de beaucoup de névroses).
Le nouvel idéal à atteindre ne serait plus d’être bon pour arriver au paradis, mais d'être plus proche de la nature pour se rapprocher du surhomme.
Autrement dit, le surhomme est la version future de l’Homme moderne et il peut servir de nouveau sens à la vie.
Maintenant que nous avons vu un potentiel nouveau sens à la vie, nous allons voir comment l’aborder au quotidien.
Apprendre à aimer tous les moments de la vie (Amor fati)
La valeur de la vie
Comme nous l'avons vu précédemment, il serait plus judicieux de penser que la vie n'est ni bien ni mal. Si l'on part de ce principe, on peut également déduire que les événements de la vie sont un mélange de bien et de mal.
Dire oui à la vie ou comment aimer tous les moments de la vie
Pour apprendre à aimer la vie et à ne plus subir les moments difficiles, il faut comprendre que les moments difficiles ne sont pas là pour nous infliger un mal gratuitement.
Les moments difficiles ont souvent pour fonction, soit de nous faire progresser, soit de nous envoyer le message qu'il y a quelque chose qui cloche et que nous devons le corriger.
À partir de là, nous prenons conscience que le mal nous est bénéfique et nous pouvons avancer main dans la main avec lui, car nous savons qu'il est primordial pour notre développement personnel.
Voilà ce que représente la formule de Nietzsche, l'amor fati, ou "aime ton destin". Il s'agit d'embrasser cette vie dans tous ses aspects, bien et mal.
À présent, je vais vous présenter le concept d'éternel retour qui peut s'avérer utile dans votre développement.
L’épreuve de l’éternel retour
C'est quoi ?
L'éternel retour est une épreuve mentale qui permet de mesurer à quel point nous aimons et embrassons la vie, mais il sert aussi d'objectif à atteindre.
L'histoire de l'éternel retour
L'histoire de l'éternel retour se passe quand Zarathoustra (un sage qui voyage seul) s'assoupit dans les bois. Un démon vient lui rendre visite dans la nuit et lui lance un défi : revivre sa vie telle quelle éternellement. Bien sûr, Zarathoustra ayant accepté tous les moments de sa vie, il accepte sans broncher.
Le sens de l'éternel retour
L'objectif ici est d'arriver au stade où vous acceptez tous les moments de la vie au point où vous seriez capable de la revivre éternellement et avec joie.
Vous poser la question vous permet de mesurer la valeur que vous accordez à la vie et peut représenter le début de votre travail à ce niveau.
Conclusion
Tout d'abord, nous avons vu pourquoi et comment le besoin de sens est né chez l'homme en retraçant la naissance de sa conscience et l'impact que cela a eu. Ensuite, nous avons vu plusieurs faux jugements donnés à la vie et pourquoi cela était absurde. Par la suite, je vous ai présenté le concept de surhomme de Nietzsche qui peut permettre de donner un nouveau sens à votre vie. Enfin, je vous ai donné deux outils qui peuvent vous permettre d'accepter beaucoup plus la vie et donc d'améliorer votre bien-être.
N'hésitez pas à partager vos commentaires, cela me permettra d'améliorer les articles en fonction de vos besoins. Je vous souhaite bon courage dans votre étude personnelle.
Merci de lire cet article jusqu'au bout.
Bibliographie
Albert Camus - Le mythe de Sisyphe
Arthur Schopenhauer - Métaphysique de la mort
Arthur Schopenhauer - Le monde comme volonté et comme représentation
Carl Gustav Jung - L’Homme à la recherche de son âme
Carl Gustav Jung - Essai d’exploration de l’inconscient
Carl Gustav Jung - Racine de la conscience
Eurich Newman - Origines et histoire de la conscience
Friedrich Nietzsche - Le gai savoir
Friedrich Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra
Friedrich Nietzsche - Au crépuscule des idoles
La Bible de Jérusalem - La genèse
Robert Greene - Les lois de la nature humaine

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